Marthe et Marie ?

Yolande Denneulin



Comme ils faisaient route, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.




Celle-ci avait une sœur appelée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Marthe, elle, était absorbée par les multiples soins du service. Intervenant, elle dit : " Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m'aider. " Mais le Seigneur lui répondit : " Marthe, Marthe, tu te soucies et t'agites pour beaucoup de choses ; pourtant il en faut peu, une seule même. C'est Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée. " Luc 10 38-42




     Un jour de soleil, une femme est venue. Elle avait la douceur d’un nuage, des yeux d’ombres et l’air sérieux d’une enfant. Nous avons parlé de tout, de rien, du frais printemps et du tendre de la vie autour d’un thé brûlant, et puis elle m’a regardé, elle a posé cette question : pourquoi l’atelier Marthe et Marie ? Qui étaient-elles, ces femmes ?
J’ai répondu avec un  peu de légèreté, d’une pirouette, et puis nous sommes passées à autre chose. La question, elle, est restée.
Qui sont-elles…
L’une s’active et l’autre contemple… Bien sûr.

L’une grogne parce qu’elle est toute occupée de préparer le repas, pressée par l’agneau rôti et les légumes qui attendent, le pain doit être sorti du four, il faut aller tirer de l’eau, et sa sœur, là-bas, assise au pied de leur ami, ne se soucie de rien. Pour couronner le tout, le rabbi, lui, semble captivé par l’attention de cette jolie gourde qui boit ses paroles… à tel point qu’il la rabroue, elle qui se dépense sans compter pour leur faire plaisir. « Arrête de t’agiter, Marthe, tu nous fatigues ! Marie, elle, au moins, prend le temps de m’écouter ! »
Elle doit en avoir le cœur gros, Marthe, et Marie se lève, bien sûr, fâchée de se sentir contrainte d’aider mais avec quand même un vague sentiment de culpabilité.

Ça ne répond pas à la question. Devoir allier Marthe et Marie dans nos vies est une évidence : dans bien des cas, quand nous tentons de vivre « en Esprit » notre quotidien balance entre action et contemplation. Parfois Marthe bouscule Marie à grands cris, à la faire vaciller et plonger dans un douloureux désordre, parfois Marie entraîne Marthe dans son silence à tel point que les tâches journalières semblent insurmontables : juxtaposées, nos aspirations nous maltraitent souvent.

La réponse n’est pas là.

Je vois combien nous nous égarons quand nous les pensons deux. Elles s’opposent alors plus qu’elles ne s’unissent, et les séparer nous conduit à contre-sens : elles sont absolument semblables dans le service, mais ne le voient pas. Leur seule erreur, celle que Jésus semble relever, c’est celle-ci : « De peu il est besoin, ou du seul » « Il est besoin de peu de choses, ou d’une seule » (Luc 10) selon les traductions… Marthe a oublié qu’elle sert son Seigneur et ami, et Marie, elle, s’oublie à ses pieds mais néglige le courant de la vie. La meilleure part, ce peu si nécessaire, est de s’oublier devant le Vivant pour Le servir… rien de plus mais rien de moins…

Marie, tout attentive et livrée à l’amour, Marthe, tout occupée en gestes tranquilles, posent la Vie offerte et la rendent lisible.

Au service de Celui qui est. Au service de la Rencontre et de la Convivialité.

D’un seul cœur, Marthe peut alors sortir de pain du four et Marie le donner au Rabbi pour le partage. 
  
D’une même âme, Marthe peut appeler l’Ami, lui crier sa foi en la résurrection, et Marie pleurer son frère dans la maison.

Marthe et Marie : une même femme qui s’offre à la Vie dans tous ses états et ne la retient pas pour elle. Activement contemplative.

L’Atelier Marthe et Marie ?

Un espace où se fondent en un même Service action et contemplation…
Où rien ne peut ni ne doit troubler l’écriture des images que la Vie propose, - hormis parfois l’iconographe ! -.
Enfin et avant tout, ce nom est un appel : « de peu il est besoin, ou du seul… »


Dieu seul suffit.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire